La spiritualité est un grand et vaste sujet. Dans le monde d’entrepreneur où tout va à la vitesse grand V, où on doit être rationnel, rigoureux, formaliste, comment s’exprime-t-elle ? Et si l’engouement envers la croissance personnelle, le zen, la méditation, l’épanouissement de soi était la nouvelle spiritualité revue et corrigée de notre époque ? Entre la religion et la laïcité, où se situe la spiritualité de nos jours ? Notre équipe s’est penchée sur la question et voici ce que nous avons trouvé pour vous.

Depuis plusieurs années, on voit un réel attrait pour le mieux-être, la croissance personnelle, la recherche du bonheur, la réalisation de soi, de la conscience du moment présent. Malgré le fait qu’on grimace un peu à l’évocation de la religion, les gens ont encore le désir de se construire à partir de préceptes qui ne sont pas si éloignés d’elle. On tend à se créer un “univers” pour combler un besoin de se raccorder à quelque chose de plus grand que soi ou de s’accorder aux pas d’un guide de vie qui reprend les valeurs selon lesquelles nous tendons à vivre.

Selon le moine bouddhiste Matthieu Ricard :

On sent une certaine prise de conscience. L’immense soif de confort matériel qui habite les Occidentaux a atteint une limite. On se rend compte que ce n’est pas ça le bonheur – d’où un certain désarroi, car l’essentiel des vies occidentales est bien tourné vers le confort, qui fait négliger aux gens beaucoup d’autres aspects de la vie. Les Occidentaux redécouvrent aujourd’hui que le bonheur, seule une recherche intérieure peut vous l’apporter. Cette quête intérieure peut s’inscrire dans une religion, mais pas nécessairement. 

La spiritualité, c’est d’abord et avant tout à l’intérieur de nous qu’elle se cache : notre âme, ou l’énergie intérieure, est la trame même de notre spiritualité. Elle est intrinsèquement liée à nous, dans notre vie personnelle et publique, s’articule à travers nos pensées, nos actions et nos émotions. La spiritualité c’est trouver et donner une sens à sa vie. C’est se questionner sur la souffrance, l’espoir et l’identité, sur le sens de la vie et celui qu’on donne à sa propre existence. C’est aussi le lien qui nous unit avec les autres et notre environnement, c’est-à-dire notre rapport avec notre entourage, la nature, le monde, une force transcendante à nous et que les religions évoquent sous le vocable Dieu, Allah, Vérité Universelle, Créateur, Divin, Énergie Vitale, le Sacré, Puissance Infinie, Être Absolu, etc.

Selon Jean-Louis Servan-Schreiber, dans son article de la revue Psychologie :

(…) Pour la plupart d’entre nous, un moment de spiritualité est ce qui nous sort, par le haut, de notre quotidienneté. C’est une aspiration à se mettre en contact avec un sentiment élevé, une partie plus noble de nous-même, un lien avec l’univers ou la communauté des humains.

C’est aussi retrouver l’essence même de soi, sonder notre cœur et en laisser remonter ce qui est tapi tout au fond, un rendez-vous avec l’inconnu.

La spiritualité est d’ailleurs une affaire très personnelle, on éprouve beaucoup de pudeur à en discuter. Peut-être par ce qu’on ne sait pas ce qu’on cherche. Le rythme de vie est tellement en accéléré de nos jours qu’on n’a plus une minute à soi pour réfléchir. Entre les obligations, le boulot, les enfants, les informations qui nous bombardent, le stress au quotidien, on sent un manque à combler sans pourtant pouvoir l’identifier clairement. On ne prend pas le temps de s’intérioriser et de partir à la recherche de soi.

Peut-être aussi parce que la spiritualité émerge souvent dans une période où nous sommes à la croisée des chemins. Suite à une rupture, une maladie, la mort, un accident, une trahison, un échec, des difficultés financières, la souffrance engendrée par ces événements donne lieu à une remise en question sur notre vie. Avant d’en arriver à nous conforter dans un sentiment de sérénité, d’épanouissement et d’équilibre, la spiritualité souvent se construit suite à des expériences douloureuses. On se demande où est notre place, où s’en va-t-on, on remet en question ce qui est essentiel pour nous, on redéfinit les grands concepts de la mort, la vie, la compassion, le pardon, etc. On sort de notre zone de confort ; la crainte de ce qu’on ne connait pas, l’absence de contrôle sur les événements et le désarroi face à ce vide provoquent bien souvent de la peur.

La définition de la spiritualité s’établit selon chaque personne. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise réponse. Elle se crée selon son vécu, ses besoins et ses désirs car elle est le fondement même de la vie, de ce qui nous transporte et nous élève et que l’on vit pleinement dans l’instant présent. Ainsi une promenade en forêt peut se révéler une expérience spirituelle. Le chant des oiseaux, les odeurs de feuilles mortes, la source qui coule, le vent qui vous caresse peuvent faire en sorte que cette expérience, et tous ces éléments, peuvent vous amener à vous sentir complet et en harmonie avec ce qui vous entoure et vous emplir d’une grande sérénité et d’un grand bien-être. La spiritualité aspire à la découverte de soi, des autres, de notre environnement et de l’univers.

Le moine Matthieu Ricard résume d’ailleurs très bien le parallèle entre la religion et la spiritualité laïque dans cet extrait d’entrevue :

Cela dit, il est évident que les religions sont destinées à élever l’amour et la compassion à un niveau plus haut, et à approfondir la connaissance de soi […]. Mais il ne faut pas en conclure pour autant qu’une spiritualité non religieuse, une ‘ spiritualité laïque ‘ comme vous dites, n’aurait pas de valeur : une bonne moitié de l’humanité en a même grand besoin et il faut l’aider à l’acquérir. […] Ce serait une erreur, je pense, de confondre laïcité et esprit anti-religieux. En réalité, les religions recherchent en partie le même but que l’humanisme laïc : ce sont les mêmes qualités en plus vaste. L’important est d’apprendre à vivre avec d’autres, à tolérer les différences, à porter secours à celui qui est dans le besoin. Bref, se mettre d’accord sur une éthique, une morale.

Et si cette morale nous amène vers une profonde réflexion permettant de découvrir les causes de notre souffrance et les moyens d’arriver à un état de paix par la connaissance de soi, qu’elle nous rend meilleur et nous élève alors ne serons-nous pas un pas plus près du bonheur ?

Quelle est votre opinion sur le sujet ? Avez-vous une spiritualité active ? Partagez-nous vos commentaires.

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